Les Interventions de Joëlle Morel au Conseil de Paris

La grosse Bouteille

En tant qu’élue aux espaces verts dans le 11e, je connais bien le projet de la parcelle Truillot, envisagée depuis plusieurs dizaines d’années, programmée lors de la mandature précédente. Ce projet avance, mais il avance lentement.

Alors, j’ai participé à impulser des usages éphémères : le jardin partagé, la friche, l’installation d’un « city stade ». Toutes ces initiatives ont rencontré un grand succès. Une légitime émotion s’élève et s’amplifie dans le 11e, et au-delà, autour de « La Grosse Bouteille », installée depuis des années sur le toit de l’immeuble à l’angle de la rue Boulle et du boulevard Richard-Lenoir. La crainte de voir disparaître « La Grosse Bouteille » est partagée par un grand nombre de personnes. Il faut donc sauver ce totem urbain. Il faut intégrer « La Grosse Bouteille » dans le projet d’aménagement. Les retards pris par les travaux le permettent. Profitons de cette opportunité.

L’urbanisme d’hier, c’était l’ingénieur qui programmait, planifiait un chantier clef en main. Ce n’est pas ainsi que nous réinventerons Paris. Paris a besoin d’un urbanisme co-élaboré, valorisant les symboles urbains, avançant par phases et sachant se redéfinir au fur et à mesure des usages éphémères pour être au plus proche des attentes des habitants. A ce titre, il apparaît que le jardin partagé, tel qu’il est programmé, est d’une surface insuffisante. Alors, entendons la demande d’un urbanisme participatif des usages.

Je souhaite, pour illustrer mon propos, citer Edgar MORIN : « Comme les pièces dispersées au hasard d’un puzzle, les ferments premiers de la nouvelle civilisation travaillent ici et là, font ici et là lever la pâte nouvelle. Les besoins inconscients d’une autre vie commencent alors à passer à la conscience. Des oasis de convivialité, de vie nouvelle se sont créés ».

Le groupe Ecologiste soutient cette oasis de convivialité à Truillot et je vous propose de vous associer et de voter notre vœu.

Je vous remercie.

 

Mme Joëlle MOREL. –

En septembre 2015, Bruitparif et l’Observatoire régional de santé Ile-de-France avaient publié une importante étude visant à quantifier les impacts sanitaires du bruit des transports au sein de l’agglomération parisienne. Cette étude a permis d’évaluer la charge de morbidité au moyen de l’indicateur des années de vie en bonne santé perdues.

Il en ressort que le bruit routier constitue la principale source de morbidité. Il concentre à lui seul 84 % des estimations de perte d’années de vie en bonne santé dans l’agglomération parisienne.

En 2015, toujours, dans son rapport quinquennal, l’Agence européenne de l’environnement affirmait que chaque année, plus de 10.000 morts prématurées sont causées par le bruit en Europe, des chiffres que l’Agence elle-même déclarait probablement sous-estimer. S’il était besoin de preuves supplémentaires – mais nous n’en manquons pas -, le trafic routier a des impacts néfastes, multiples sur notre santé. Le temps de la recherche des preuves est passé. Celui de l’action ferme et définitive doit se poursuivre.

Nous portons au sein de notre majorité la nécessité avant tout de réduire fortement le trafic routier dans la Capitale, mais au-delà de ce principe duquel découlent de nombreuses actions, il est essentiel également de favoriser le développement, l’innovation technologique, permettant de répondre tout à la fois à ce défi de lutte contre le bruit lié au trafic routier et à celui de notre adaptation au changement climatique.

C’est tout l’objectif de l’expérimentation de pose de trois nouveaux revêtements de chaussée qui ont de nouvelles propriétés tant phoniques que thermique et qui va recevoir le financement du programme européen « LIFE » à hauteur de 3,5 milliards d’euros pour la période 2014-2020.

C’est bien évidemment une excellente initiative que notre groupe soutient avec une grande satisfaction.

Je vous remercie.

 

Mme Joëlle MOREL. –

Je souhaite revenir sur cette délibération car elle interroge profondément le fonctionnement du budget participatif.

Nous demandons aux Parisiens de participer et de déposer des propositions dans les quartiers. Les services, avec le Comité de pilotage, choisissent que certains projets sont des projets parisiens. C’est certainement une bonne chose, mais à condition de tenir compte de la réelle mobilisation des quartiers, de la démarche engagée localement, et de la première estimation financière qui est présentée au Comité de pilotage de l’arrondissement.

Suite à une forte mobilisation, la demande de « plus de vert » dans le quartier « politique de la ville » portée dans le 11e arrondissement s’est traduite par la demande de réaménagement de deux squares dans le 11e, réaménagements qui étaient estimés à un montant de 600.000 euros au Comité de pilotage d’arrondissement.

Ces deux squares sont dans le quartier Fontaine-au-Roi, l’un des quartiers les plus denses de Paris, un quartier qui souffre tout particulièrement du manque d’espace de respiration. Les habitants du 11e arrondissement se sont mobilisés largement pour soutenir cette proposition au niveau parisien, avec 581 voix.

Aujourd’hui, les habitants ne s’y retrouvent pas. Alors qu’ils demandent depuis plusieurs années un réaménagement complet des deux petits squares, Jules-Verne et Jean-Aicard, la délibération leur octroie seulement 83.000 euros sur les 600.000 au niveau parisien, soit 3,7 % du total des crédits pour les squares populaires parisiens. Donc, rien à voir avec les 600.000 euros qui avaient été projetés au tout début.

Vous conviendrez que ce montant n’est pas à la hauteur des travaux nécessaires pour ces deux squares, 3,7 % du budget parisien pour le 11e. Ce n’est pas suffisant.

Mon objectif n’est pas de monter les arrondissements les uns contre les autres, tous les arrondissements et quartiers « politique de la ville » ont besoin de plus de végétalisation. La végétalisation est souhaitée par les habitants, ils l’expriment par leur vote au budget participatif. Cette délibération vient clôturer ce processus. Elle devrait être une joie pour tous et pour toutes. Mais elle a un effet inverse, elle favorise le découragement des citoyens qui croient en la participation, en la démocratie locale, dans le budget participatif de la Ville de Paris et des arrondissements.

D’ailleurs, pour montrer leur persévérance et leur détermination, sans même attendre la parution de cette délibération, les habitants du 11e arrondissement n’ont pas hésité à remettre le projet d’aménagement du square Jean-Aicard au budget participatif 2017.

Cette délibération concerne plusieurs arrondissements et ne permet pas de travailler arrondissement par arrondissement, et cela, je le regrette. Pour ne pas pénaliser les autres arrondissements, le groupe Ecologiste votera la délibération, mais espérons que nous saurons mieux travailler l’année prochaine pour que nous n’ayons pas de nouveau à constater les dysfonctionnements du processus participatif.

Je vous remercie.

 

Mme Joëlle MOREL. –

Quelques mots pour dire combien le groupe Europe – Ecologie suit aussi cet aménagement de la place de la Nation et combien cette expérience d’installation de la Ludomobile sur le prolongement de l’avenue de Bouvines a été véritablement un vrai succès porté par les parents d’élèves de l’école, porté par le collectif « VertNation », et que nous nous réjouissons du partage de l’espace public.

Je vous remercie.

 

Mme Joëlle MOREL. – .

Cette intervention fera écho à d’autres que nous avons pu tenir à d’autres occasions. Nous avons toujours le même problème qui relève d’une divergence presque philosophique sur la manière dont nous devons construire la ville.

Paris est une ville dense, très dense – 21.000 habitants au kilomètre carré. On ne le dira jamais assez, une ville durable est une ville dense car elle résiste à l’étalement urbain. Mais la durabilité d’une ville englobe aussi sa capacité à conserver des espaces libres, des espaces de respiration, des espaces de pleine terre.

Sur ce projet Debergue, on va densifier un cœur d’îlot vide, et surtout, on va autoriser à abattre un cèdre du Liban. Nous savons combien cet arbre est un arbre rare, combien il met du temps à pousser, combien il est symbolique, combien les Parisiens sont attachés aux arbres et à la végétalisation.

Nous savons que, dans quelques mois, la Ville de Paris sera fière de mettre en place son Plan Biodiversité. Pour que le Plan Biodiversité soit une réalité, commençons par poser des actes. Ce cèdre du Liban ne doit pas être abattu. Alors c’est pourquoi le groupe Europe Ecologie s’abstiendra.

 

Mme Joëlle MOREL. –

Ce vœu n’est-il pas opportuniste ? N’est-il pas seulement une posture à quelques jours des législatives ? Mais symétriquement le groupe Europe Ecologie rappelle son opposition au projet porté par François VAUGLIN et Patrick BLOCHE sur la surdensification de la parcelle : ils ne respectent pas la végétalisation promise dans des réunions publiques.

Le groupe Europe Ecologie, loin des idéologies et des postures, occupe une position centrale et réaffirme sa volonté de relancer la collaboration avec les habitants et les habitantes pour construire ensemble un projet désirable.

Le groupe Europe Ecologie s’abstiendra.

 

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